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Fév

Phytothérapie : où en est la science et la recherche ?

Reconnue depuis de nombreuses années et soumise à des normes internationales, européennes et françaises, la phytothérapie a fait des progrès importants grâce à de nombreux travaux scientifiques et de recherche. Le développement de ces connaissances a contribué au prestige et à la popularité des médicaments à base de plantes.

 Les grandes étapes de la recherche sur les médicaments

L’application de la pharmacologie et la recherche clinique aux plantes médicinales traditionnelles a contribué au développement des médicaments modernes et de biotechnologie. En effet, de plus en plus standardisées, les méthodes de recherche des médicaments ont conduit à l’identification des principes actifs contenus dans les plantes puis à leur synthèse chimique pour retrouver des substances plus pures, isolées et puissantes. Ainsi, cette recherche a permis la création de médicaments dits allopathiques, qui se sont éloignés de la plante médicinale.

Phytothérapie recherche

Actuellement, les médicaments allopathiques sont soumis à des procédés précis et standardisés qui ont pour but de garantir leur innocuité, leur efficacité et une balance bénéfices-risques favorable avant l’obtention de l’autorisation de mise sur me marché (AMM). Ces médicaments suivent donc un chemin long et très coûteux car des études pharmacologiques poussées puis des expériences sur des modèles cellulaires ou animaux sont nécessaires avant de réaliser des essais cliniques sur l’homme. Ces derniers sont conduits en comparant le “médicament candidat” à un placebo (substance sans activité thérapeutique) et en “double aveugle” (ni le médecin ni le patient savent laquelle des deux substances est administrée).

Science et recherche en phytothérapie

Les médicaments de phytothérapie font également l’objet d’études scientifiques pour prouver leur efficacité et leur sécurité. Les données des monographies françaises, européennes et internationales ont permis aux industriels de créer des produits plus efficaces et plus sûrs, mais aussi de mieux identifier les éventuelles contre-indications et interactions avec d’autres médicaments.

Afin d’améliorer l’efficacité des médicaments à base de plantes ainsi que leur sécurité d’utilisation, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande la recherche et l’évaluation des méthodes de médecine traditionnelle, dont la phytothérapie. En Europe, l’European Scientific Cooperative on Phytotherapy (ESOP) et l’Agence européenne du médicament (EMA) contribuent également à l’enrichissement des monographies et au soutien de la recherche en phytothérapie. Enfin, les autorités de santé française déterminent le cadre précis de production des médicaments à base de plantes par les laboratoires pharmaceutiques.

La complexité du totum

En phytothérapie, les études pharmacologiques et cliniques au sens strict du terme, telles que celles réalisées dans la recherche des médicaments allopathiques ont un intérêt limité en pratique. Cela s’explique par le fait qu’en phytothérapie sont employées de préférence l’ensemble des substances contenues dans la plante ou tout au moins dans la partie de la plante utilisée pour la fabrication des médicaments.

C’est le totum (totalité des substances contenues dans une plante), dont la complexité et la richesse rendent difficile la standardisation et cela d’autant plus que fréquemment, plusieurs plantes sont associées pour obtenir un meilleur effet thérapeutique sans augmenter les effets secondaires potentiels. Le totum possède par ailleurs des effets bénéfiques sur la santé, effets synergiques qui ne sont pas les mêmes si ses différents principes actifs sont administrés séparément.

Une approche clinique globale, intégrant des connaissances diverses

Dans la mesure où le totum se différencie du principe actif par sa complexité et son origine naturelle, et que la phytothérapie est pour une bonne partie basée sur l’expérience souvent très ancienne de l’utilisation de plantes à des fins médicinales, les travaux de recherche dans ce domaine sont réalisés avec une approche globale, aussi appelée holistique. Cette approche tient compte des connaissances pharmacologiques et cliniques actuelles bien sûr, mais aussi de toutes les données issues de la physiopathologie des maux et maladies, des notions de régulation du vivant et de l’adaptation de l’organisme à l’entourage.

Le but de cette approche est de pouvoir proposer des traitements agissant à la fois sur les symptômes et sur les causes d’une maladie en corrigeant les déséquilibres des différents systèmes de régulation de l’organisme.

L’ethnopharmacologie en phytothérapie

Une autre approche multidisciplinaire utilisée en phytothérapie est l’ethno pharmacologie, un concept qui va au-delà des plantes, des maux et des maladies.

En 1991, l’ethnopharmacologie a été définie par Fleurentin et Dos Santos comme ” l’étude scientifique interdisciplinaire de l’ensemble des matières d’origine végétale, animale ou minérale et des savoirs ou des pratiques s’y rattachant, que les cultures vernaculaires mettent en œuvre pour modifier les états des organismes vivants à des fins thérapeutique, curative, préventive ou diagnostique “.

Cette discipline permet ainsi de faire le lien entre différents savoirs complémentaires : connaissances thérapeutiques traditionnelles, approche physiologique et clinique, études pharmacologiques et sur des modèles expérimentaux.

L’intégration de ces connaissances va au-delà de l’identification des substances actives car elle permet de vérifier si la plante en question a les effets thérapeutiques escomptés par la médecine traditionnelle, si elle est dépourvue d’effets toxiques et s’il existe d’éventuelles interactions médicamenteuses et des contre-indications.

Ces approches pour approfondir les connaissances et développer la recherche en phytothérapie ont été validées par les instances sanitaires de la majorité des pays. Elles sont même encouragées par des organismes internationaux comme l’OMS afin de ” promouvoir une médecine traditionnelle sûre, efficace et abordable “.

 

Sources :

Organisation mondiale de la santé (OMS). Principes méthodologiques généraux pour la recherche et l’évaluation relatives à la médecine traditionnelle, 2000.

Site internet de l’ESCOP (European Scientific Cooperation on Phytotherapy).

Christian Duraffourd, Jean-Claude Lapraz. Traité de phytothérapie clinique. Editions Masson, 2002.

Jacques Fleurentin. Du bon usage des plantes qui soignent. Editions Ouest-France 2013.

Dr Jörg Grûnwald, Christof Jänicke. Guide de la phytothérapie. Editions Marabout 2007.

Gérard Debuigne, François Couplan. Petit Larousse des plantes médicinales. Editions Larousse, 2013.

Société française d’ethnopharmacologie .

ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. La Pharmacopée Française 11ème édition ( consultable en ligne ).

LégiFrance. Code de la santé publique .